La Cour de Répression des Infractions Économiques et Financières (CRIEF) a rouvert ce jeudi 17 avril 2025 le procès en appel de l’honorable Amadou Damaro Camara, ancien président de l’Assemblée nationale, et de l’homme d’affaires Jin Sun Cheng, alias M. Kim. Les deux prévenus sont poursuivis pour détournement de deniers publics, enrichissement illicite, blanchiment de capitaux, corruption dans les secteurs public et privé, prise illégale d’intérêt, ainsi que complicité.
À la barre, Amadou Damaro Camara a livré sa version des faits, revenant notamment sur une transaction controversée impliquant feu Louceny Camara, ancien président de la commission infrastructures à l’Assemblée nationale, et l’entrepreneur Jin Sun Cheng.
Selon lui, un chèque de 900 millions de francs guinéens avait été remis à Louceny Camara pour le paiement d’un marché en faveur de M. Kim. Ce dernier aurait ensuite alerté M. Damaro, indiquant que Louceny lui réclamait de l’argent. « Je lui ai dit de ne rien donner. Si tu donnes quelque chose, c’est à titre personnel », aurait répondu l’ancien président de l’Assemblée. Quelques semaines plus tard, Damaro affirme avoir remis à nouveau 900 millions à Louceny Camara, qui aurait finalement perçu 20 millions de la part de M. Kim, avant un déplacement à Macenta.
Furieux après avoir été informé de ce paiement, Amadou Damaro Camara affirme avoir dissous la commission en guise de sanction. Une décision qui aurait provoqué la colère de Louceny Camara, lequel aurait alors adressé une lettre au président de la République d’alors, le Pr Alpha Condé, l’accusant de vouloir détourner 15 milliards de francs guinéens avec des proches. Ce dernier aurait convoqué certains membres de l’Assemblée pour tirer l’affaire au clair. Selon le témoignage de Damaro, le président Alpha Condé, après avoir entendu Louceny Camara, l’aurait sèchement recadré : « L’argent n’est même pas encore payé, comment peux-tu accuser Damaro de détournement ? »
L’ancien président de l’Assemblée a également raconté les circonstances qui l’ont conduit devant la CRIEF. À la suite d’une relance effectuée par lettre anonyme peu après le 5 septembre, il a été convoqué à la gendarmerie, puis interrogé pendant plusieurs semaines. « Le commandant a conclu qu’il n’y avait rien dans le dossier me concernant », a-t-il affirmé. Malgré cela, il a été conduit à la CRIEF le 27 avril, après plusieurs reports dus à des coupures de courant.
Il relate avoir été détenu plusieurs heures avant d’être informé officiellement de l’ouverture de l’audience, durant laquelle une longue liste d’accusations lui a été présentée, incluant des biens immobiliers, des comptes bancaires et des participations dans des sociétés minières.
« Voilà comment cette affaire a commencé : sur la base d’une lettre anonyme écrite par feu Louceny Camara », a conclu Amadou Damaro Camara devant la Cour.
Aïssata SYLLA



