La Cour de répression des infractions économiques et financières (CRIEF) a une nouvelle fois repoussé le procès en appel de deux anciens piliers du régime déchu d’Alpha Condé : Dr Ibrahima Kassory Fofana, ex-Premier ministre, et Dr Mohamed Diané, ancien ministre de la Défense. Initialement prévue ce jeudi 24 juillet 2025, l’audience a été renvoyée au 9 octobre prochain, officiellement en raison d’une recomposition de la Cour.
Il s’agit du cinquième renvoi dans cette affaire qui cristallise les tensions entre la défense et les autorités judiciaires. À la sortie de l’audience, Me Sidiki Béreté, avocat de Kassory Fofana, a vivement dénoncé ce nouveau report, qu’il qualifie de « déni de justice ». Selon lui, ses clients sont victimes d’un acharnement judiciaire : « Ils sont en détention depuis quatre ans, malades, sans avoir été jugés en appel. Nous étions pourtant à la phase finale dans le dossier de Dr Diané. Puis, subitement, un conseiller est écarté de la composition de la Cour et tout est repoussé à nouveau, sans justification sérieuse, juste après les élections », a-t-il déclaré à la presse.
La défense accuse par ailleurs une instrumentalisation politique de l’affaire. « Cette procédure est manifestement manipulée. Elle ne relève plus du judiciaire. La justice est sous pression, ce qui est extrêmement dangereux pour l’État de droit », s’indigne Me Béreté, appelant à la tenue d’un procès équitable dans des délais raisonnables.
L’avocat pointe également du doigt l’inaction du ministère public, qu’il juge « passif, voire complice ». Il rappelle que l’article 486 du Code de procédure pénale permet à la Cour de se déplacer pour auditionner un prévenu malade — une disposition qui, selon lui, aurait dû être appliquée depuis longtemps.
En première instance, Dr Kassory Fofana a été condamné à cinq ans de prison ferme, assortis d’une amende de deux milliards de francs guinéens. Ses avoirs à la banque VistaGui ont été saisis, et il a été sommé de verser 15 milliards de francs à l’État, en remboursement, ainsi que trois milliards à titre de dommages et intérêts.
Quant à Dr Mohamed Diané, il a écopé d’une peine similaire de cinq ans d’emprisonnement, d’une amende de cinq milliards, ainsi que de 500 milliards de francs guinéens de dommages et intérêts. Ses biens immobiliers et comptes bancaires ont également été confisqués.
Alors que le procès en appel tarde à se tenir, la tension monte au sein de la défense, qui réclame des garanties pour une justice indépendante et impartiale. Ce feuilleton judiciaire, devenu emblématique de l’ère post-Condé, reste sous haute surveillance de l’opinion publique et des observateurs de la vie politique guinéenne.
Aïssata SYLLA



