Le compte à rebours est lancé. Théoriquement, l’élection présidentielle marquant le retour à l’ordre constitutionnel en Guinée devrait se tenir le 28 décembre 2025. Pourtant, à mesure que l’échéance se rapproche, un voile d’incertitude et de questions fondamentales plane sur le processus. L’organisation de ce scrutin s’annonce comme un véritable pari, soulevant des préoccupations majeures quant à la sincérité du processus et à la participation effective des acteurs politiques.
Le Casse-tête du parrainage : Les Délégations Spéciales au centre de la loi
Le premier obstacle, et non des moindres, concerne les conditions de candidature, et plus précisément le parrainage. La loi électorale requiert traditionnellement le soutien d’un certain nombre d’élus locaux (maires ou chefs de communautés) pour valider une candidature indépendante.
Or, depuis la dissolution des conseils communaux, les maires élus ont été remplacés par des Présidents des Délégations Spéciales (PDS), nommés par le pouvoir de la transition. Ce remplacement crée un vide juridique et une situation profondément inéquitable :
• L’Impossibilité pour les Indépendants : Les candidats indépendants, par définition hors des partis au pouvoir, se retrouvent dans l’impossibilité quasi-totale d’obtenir un parrainage neutre et légitime. Les PDS, nommés et donc redevables au régime en place, seront-ils libres d’accorder leur soutien à d’autres candidats ?
• La question de la candidature du Chef de l’État : Si le général Mamadi DOUMBOUYA décide de se présenter, la question de son mode de candidature devient cruciale. Va-t-il se présenter sous la bannière d’un parti politique (ce que la loi lui permettrait peut-être) ou tentera-t-il, en violation flagrante de l’esprit démocratique, d’obtenir le parrainage de ces mêmes PDS qu’il a nommés ? Une telle démarche transformerait le parrainage en une simple formalité aux mains du pouvoir, ce qui pourrait vider le processus de toute substance démocratique.
La caution exorbitante : Un écran de fumée ?
Comme si l’obstacle du parrainage ne suffisait pas, les autorités ont fixé la caution de candidature à la somme faramineuse de 900 millions de francs guinéens. Un montant jugé exorbitant par de nombreux observateurs et acteurs politiques.
Cette exigence financière pose une sérieuse question sur l’inclusivité du scrutin. Son effet est double :
• Restriction du champ des candidats : Elle écarte d’emblée les potentiels candidats issus de la société civile ou les petits partis, limitant de facto la course aux personnalités ou aux formations disposant de ressources financières colossales.
• L’attentisme stratégique des acteurs : Face à ce coût prohibitif, les principaux acteurs politiques semblent jouer la carte de l’attentisme. L’impression générale est que personne ne veut s’engager financièrement et politiquement tant que le flou demeure sur les intentions du Président de la République. Chacun espère secrètement être approché par le pouvoir en place, dans le cadre d’un « ticket » ou d’une coalition, réduisant le risque financier personnel.
Le Scénario de l’Imprévu : Que se Passera-t-il sans Candidat ?
Et si, à l’échéance fixée pour le dépôt des candidatures, le pire scénario venait à se réaliser ? Que se passera-t-il si, compte tenu de ces conditions (parrainage biaisé et caution inaccessible), aucun candidat – ou un nombre jugé non représentatif – ne se déclare ? Ce qui paraît pour le moment écarté avec les dépôts des candidatures de messieurs Lansana KOUYATE du PEDN et Ousmane KABA du PADES.
Ce scénario, bien que théâtral, met en lumière le danger de fixer des conditions rendant la participation démocratique pratiquement impossible. Une absence de candidatures crédibles ou une élection à candidat unique (ou avec une opposition symbolique) ferait de ce scrutin de 2025 non pas un retour à l’ordre constitutionnel, mais un simple plébiscite.
Édito webguinee24



