En conférence de presse tenue ce vendredi 11 avril 2025, Mohamed Sylla, jeune guinéen revenu récemment au pays après une tentative d’émigration clandestine, a partagé le récit bouleversant de son périple. Parti de son village natal de Léro en 2023 dans l’espoir de rejoindre l’Europe, il a connu un parcours semé d’épreuves qui l’a conduit jusqu’aux portes de la Tunisie, avant d’être intercepté et rapatrié.
Dès le début de son témoignage, Mohamed Sylla revient sur les motivations qui l’ont poussé à quitter son pays. Inspiré par un ami d’enfance ayant réussi à s’installer en Europe, il nourrit à son tour le rêve de devenir footballeur professionnel. « J’ai grandi à Léro, avec l’idée que tôt ou tard, j’irais en Europe. Quand mon ami m’a dit qu’il avait réussi en seulement trois mois, cela m’a poussé à tenter l’aventure », confie-t-il.
Avec seulement 4,5 millions de francs guinéens économisés, bien en deçà des 11 millions généralement nécessaires pour un tel voyage, Mohamed décide néanmoins de partir. Malgré les réticences de ses proches, il organise son départ avec l’aide de son ami déjà installé en France, qui lui fournit les contacts d’un passeur au Mali.
De Léro à Kankan, en passant par Dinguiraye et Kourémali, il entame son périple. Une fois au Mali, il rejoint un réseau de trafiquants qui l’emmène jusqu’à Gao, puis à Samata, un point de rassemblement de migrants. « On marchait jusqu’à 15 kilomètres à pied, entassés selon nos pays d’origine. La nourriture était rare, les conditions de vie très précaires », raconte-t-il.
Refoulé une première fois à Asamaka, il hésite à rentrer en Guinée. Finalement convaincu par d’autres migrants de persévérer, il retourne vers l’Algérie où il effectue des travaux pénibles sur des chantiers pour financer la suite de son voyage. « Je faisais des choses que je n’avais jamais faites en Guinée. Je portais des carreaux sur la tête, travaillais sans relâche. »
Le jeune homme parvient ensuite à atteindre la Tunisie après avoir traversé à pied une zone désertique à la frontière algéro-tunisienne. Épuisé, il est finalement arrêté par la garde nationale tunisienne alors qu’il se reposait avec un groupe de migrants dans un tunnel près de Tunis. « Ils ont bloqué le tunnel, nous ont arrêtés un par un. J’ai été menotté et embarqué dans un véhicule », se souvient-il, visiblement ému.
Mohamed Sylla conclut son témoignage par un appel à la jeunesse guinéenne : « Ce que j’ai vécu, je ne le souhaite à personne. L’Europe n’est pas aussi accessible qu’on le pense. On nous fait rêver, mais c’est souvent un cauchemar. »
Son histoire, aussi tragique que poignante, illustre les dangers auxquels sont confrontés des milliers de jeunes Africains tentés par l’émigration irrégulière, au péril de leur vie.
Aïssata SYLLA


