Conakry, 22 mai 2025 – De nouveaux rebondissements surviennent dans l’affaire impliquant l’ancien ministre de la Défense nationale, Dr Mohamed Diané, condamné en novembre 2024 pour détournement de deniers publics, enrichissement illicite et blanchiment de capitaux. Alors que la Cour de Répression des Infractions Économiques et Financières (CRIEF) poursuit l’instruction autour des nombreux biens saisis, deux entreprises privées affirment être propriétaires de certaines propriétés confisquées par la justice.
Parmi les actifs contestés figure un domaine agricole de près de quatre hectares, situé en périphérie de Conakry. Selon Ibrahima Diaouné, représentant légal de la société Diaouné et Frère SARL, ce terrain aurait été acquis en 2018 auprès du frère de Mohamed Diané pour un montant de 2,35 milliards de francs guinéens, au terme d’une transaction notariale en bonne et due forme. Il soutient que la propriété n’a aucun lien avec les activités frauduleuses reprochées à l’ancien ministre.
M. Diaouné indique toutefois que la régularisation juridique du terrain n’a pu aboutir en raison de deux contraintes : l’absence d’un arrêté de transformation de la zone agricole en zone industrielle et le morcellement inachevé de la parcelle. Il affirme néanmoins détenir tous les justificatifs prouvant la légalité de l’acquisition.
La deuxième contestation émane d’Elhadj Sékou Kaké, président-directeur général de la société SOGEFEL. Ce dernier revendique la propriété de deux parcelles situées à Nongo, dans la commune de Ratoma, ainsi que d’un immeuble de huit étages érigé à Almamya, dans la commune de Kaloum. À l’audience, M. Kaké a précisé que ce bâtiment a été construit sur un terrain obtenu par bail emphytéotique signé avec l’État en 2012, pour une durée de 60 ans. Il ajoute qu’un prêt bancaire de 10 milliards de francs guinéens a permis de financer ce projet.
En réponse à ces revendications, le procureur spécial de la CRIEF et l’Agent Judiciaire de l’État ont formulé plusieurs requêtes à la Cour, exigeant notamment la présentation des états financiers de la société Diaouné et Frère pour les exercices 2011, 2018 et 2021, la communication des relevés bancaires ainsi qu’un procès-verbal de description des biens au nom de Mohamed Diaouné. Ces demandes restent à ce jour sans réponse.
La Cour, présidée par le juge Daye Mara, a renvoyé l’audience au 12 juin 2025. Cette prochaine étape verra la comparution de Faya Clément Tolno, ingénieur à la Direction de l’Aménagement du territoire et de l’Urbanisme, qui aurait participé à l’identification des biens de Dr Diané lors de l’enquête préliminaire.
Ce prolongement de l’affaire pourrait être décisif pour départager les parties en litige et clarifier la situation juridique des biens saisis dans cette vaste procédure de lutte contre la corruption en Guinée.
Aïssata SYLLA



