Conakry, 5 juin 2025 – Le quartier Yattaya Fossidet, est en proie à une vive tension depuis la démolition de la Maison des jeunes survenue le 27 mai dernier. Ce bâtiment, perçu comme un repère historique et social pour la jeunesse locale, a été détruit dans des circonstances que les habitants jugent opaques et injustifiées.
Ce jeudi matin, des dizaines de jeunes se sont rassemblés pacifiquement sur les ruines du site pour dénoncer une « spoliation » présumée, qu’ils estiment contraire aux règles de droit et menée dans la plus grande opacité. La situation s’est tendue davantage lorsque des travaux de construction ont été immédiatement lancés sur le site démoli. Ces travaux ont toutefois été interrompus par les riverains, en colère.
Une opération jugée illégale par les habitants
Au cœur de la controverse : une transaction foncière impliquant une certaine Gnalen Traoré, désignée par les manifestants comme l’instigatrice présumée de la vente du terrain à Me Mory, notaire domicilié dans le même quartier. Selon plusieurs témoignages recueillis sur place, ce dernier aurait engagé des travaux dès le lendemain de la démolition. Pour les jeunes du quartier, rien ne prouve la légitimité de la cession.
« Ce terrain appartient à la jeunesse depuis plus de 20 ans. Nous n’avons jamais été informés d’un quelconque jugement », affirme Fodé Ibrahima Touré, secrétaire chargé de la jeunesse de Yattaya Fossidet. Alerté dès l’aube le jour de la démolition, il dit avoir trouvé un pick-up de la gendarmerie et des ouvriers à l’œuvre sur le site. Malgré ses demandes, il n’aurait reçu aucune notification officielle : « On m’a renvoyé vers le colonel Talla, qui m’a parlé d’une réquisition, sans qu’aucune autorité administrative locale ne soit saisie. »
Une version confirmée par Mamadouba Piazza Soumah, secrétaire administratif du quartier : « Aucun avis officiel ne nous a été adressé. C’est un manque de respect envers les représentants locaux. »
Des documents jugés incohérents et une vente contestée
Un jugement exécutoire aurait été invoqué pour justifier la démolition, mais les leaders communautaires contestent sa validité. Selon eux, la décision judiciaire en question ne mentionnerait nullement le quartier de Yattaya Fossidet, évoquant uniquement un litige foncier lié à la zone de Kobaya.
« Le nom de notre quartier n’apparaît même pas dans la décision. C’est un abus manifeste », insiste Fodé Ibrahima Touré. La population dénonce également de possibles complicités entre certains acteurs privés et des autorités locales.
Naby Soumah, représentant des coutumiers du littoral, se montre catégorique : « Ce terrain n’a jamais été vendu. C’est un espace offert à la jeunesse par nos aînés. Aucune personne légitime de notre communauté n’a autorisé sa cession. » Il accuse par ailleurs certains individus de falsification de documents : « Ils utilisent les noms de nos défunts parents pour légitimer des ventes fictives. Même notre cimetière a failli en être victime. »
Appel à l’intervention des autorités centrales
Plusieurs tentatives de médiation ont été initiées pour résoudre le différend. Selon nos sources, des émissaires auraient proposé à Madame Traoré deux parcelles en compensation, sans succès. La situation demeure bloquée.
Les jeunes du quartier, qui affirment vouloir rester dans le cadre de la légalité, en appellent désormais à l’intervention du président de la République : « Nous sommes dans un État de droit. Personne n’est au-dessus de la loi. Nous demandons au président Mamadi Doumbouya de prendre ses responsabilités », a lancé un manifestant.
La gendarmerie défend la légalité de l’intervention
Contacté par notre rédaction, le colonel Talla Manet, commandant de l’escadron mobile n°15 de Kobaya, a assuré que la démolition a été effectuée dans le strict respect des procédures légales et sur ordre de sa hiérarchie. De leur côté, Gnalen Traoré et Me Mory, principaux mis en cause dans cette affaire, n’ont pas donné suite à nos sollicitations.
Aïssata SYLLA



