Le tribunal criminel de Dixinn, délocalisé à la Cour d’appel de Conakry, a rendu ce lundi 23 février 2026 sa décision dans l’affaire Jean-Louis Pogomou et ses coaccusés, poursuivis dans le cadre des événements du 28 septembre. Le jugement, qui a constaté la nullité de la procédure, a immédiatement suscité des réactions contrastées de la défense et de la partie civile.
À l’issue de l’audience, Maître David Béavogui, avocat des prévenus, a salué ce qu’il considère comme un tournant majeur dans ce dossier. Selon lui, après quatre années de détention qu’il qualifie d’« arbitraire et illégale », ses clients ont été « purement et simplement libérés par la justice guinéenne ». Il estime que cette décision constitue « une victoire de la justice sur l’arbitraire » et un signal fort adressé à l’opinion publique ainsi qu’aux praticiens du droit.
Sur le plan strictement procédural, la défense explique que le tribunal a confirmé l’arrêt numéro 9 rendu par la deuxième salle de contrôle de l’instruction de la Cour d’appel de Conakry, lequel avait déjà annulé la procédure engagée contre les accusés. En conséquence, la juridiction a ordonné leur mise en liberté, sauf détention pour une autre cause.
Pour les avocats des prévenus, cette décision met un terme au procès, sauf en cas d’appel du ministère public ou des parties civiles. Ils soutiennent qu’aucune poursuite ne saurait désormais prospérer sur la base d’une procédure déclarée nulle.
Une analyse vigoureusement contestée par la partie civile. Son conseil, Maître Bernard Saa Disy Millimono, reproche au tribunal de ne pas avoir respecté le principe du contradictoire et l’équilibre entre les parties. Selon lui, les arguments développés par la partie civile n’ont pas été examinés de manière autonome.
L’avocat affirme que ses moyens étaient distincts de ceux du parquet et structurés autour d’arguments spécifiques, notamment la question d’un pourvoi déclaré irrecevable par la Cour suprême. Il soutient que ce pourvoi portait sur un arrêt rendu en 2022 qui, selon lui, ne figurerait pas dans le dossier examiné.
Maître Millimono rappelle également que toutes les parties avaient formé un pourvoi en cassation contre l’arrêt de la deuxième chambre, pourvoi qu’il qualifie de suspensif. Estimant que ces éléments n’ont pas été discutés par le tribunal, la partie civile considère la décision juridiquement infondée et annonce son intention d’interjeter appel.
En attendant une éventuelle nouvelle phase judiciaire, cette décision marque un tournant procédural dans un dossier emblématique, révélant de profondes divergences d’interprétation entre les acteurs judiciaires sur la portée et les effets de l’annulation prononcée.
Aïssata SYLLA




