Contrairement aux années précédentes, le président de la transition, le général Mamadi Doumbouya, ne s’est pas adressé à la nation à l’occasion du Nouvel An. Ce silence inédit a suscité de nombreuses interrogations au sein de l’opinion publique, alimentant analyses et spéculations dans les milieux politiques et médiatiques.
Pour éclairer les implications juridiques et institutionnelles de cette absence de discours, notre rédaction a interrogé, ce vendredi 2 janvier 2026, un juriste spécialisé en droit constitutionnel, qui a souhaité garder l’anonymat.
D’emblée, l’expert se veut catégorique sur le plan juridique : aucune disposition de la Constitution n’impose au chef de l’État une adresse à la nation en fin d’année. « Dans la nouvelle Constitution adoptée cette année, le Président de la République n’a aucune obligation constitutionnelle de s’adresser à la nation à la fin de l’année. Il n’existe aucune base légale l’y contraignant, que ce soit pour dresser un bilan ou annoncer des perspectives », précise-t-il.
De ce fait, l’absence de discours présidentiel ne saurait être assimilée à une violation de la loi fondamentale. « En l’espèce, il n’y a aucune entorse à la Constitution. Le Président ne viole aucune disposition en s’abstenant de s’exprimer à la fin de l’année », insiste le juriste.
La question demeure néanmoins : pourquoi rompre avec une pratique devenue quasi systématique ? Pour l’analyste, cette habitude relève davantage de la tradition républicaine que d’une obligation juridique. « Avec le temps, une pratique coutumière s’est installée, consistant pour les Présidents à s’adresser à la nation à la fin de l’année afin de faire le bilan et d’annoncer des perspectives. Mais cette tradition n’a aucune valeur contraignante sur le plan juridique », explique-t-il.
S’agissant des raisons possibles de ce silence cette année, le juriste évoque un contexte institutionnel particulier, marqué par le processus post-électoral. Selon lui, le président Doumbouya pourrait estimer ne pas être encore légalement investi de ses fonctions à l’issue des résultats provisoires. « D’un point de vue technique et de bonne foi, il peut considérer qu’après les élections et la proclamation des résultats provisoires, il n’est pas encore juridiquement installé Président de la République », avance-t-il.
Dans cette logique, le chef de l’État aurait choisi d’attendre la proclamation définitive des résultats par la Cour suprême avant toute prise de parole solennelle. « Il peut estimer qu’il revient à la Cour suprême de valider les résultats définitifs avant son installation légale », poursuit l’expert.
Une telle posture viserait également à éviter toute interprétation politique prématurée. « Les résultats provisoires peuvent évoluer, en sa faveur comme en sa défaveur. S’adresser à la nation à ce stade pourrait être perçu comme une anticipation de la victoire électorale », analyse le juriste.
En conclusion, l’expert balaie les critiques à caractère juridique formulées par certains acteurs politiques. « En tant que juriste, je considère qu’il n’y a aucune violation légale ou constitutionnelle, et donc aucune sanction possible. Les critiques relèvent davantage du débat politique que du droit », conclut-il.
Aïssata SYLLA



