Le procès relatif au massacre du 28 septembre 2009, qui a fait près d’une centaine de morts et de nombreux blessés au stade de Conakry, a franchi un tournant majeur ce lundi 12 janvier 2026. L’audience s’est tenue au tribunal criminel de Dixinn, exceptionnellement délocalisé à la Cour d’appel de Conakry, et a vu une demande formelle du ministère public visant à requalifier les faits en crimes contre l’humanité.
Lors de cette audience, le ministère public a requis la requalification des faits reprochés au colonel Bienvenu Lamah, impliqué dans la répression violente des manifestants ce jour-là, en crimes contre l’humanité. Cette demande repose sur les articles 194 et 198 du Code pénal guinéen, ainsi que sur l’article 7 du Statut de Rome de la Cour pénale internationale.
Le substitut du procureur a développé son argumentaire en soulignant la position hiérarchique du colonel Lamah au moment des faits. En tant qu’instructeur et responsable du centre de formation militaire de Kaliah, il aurait exercé une autorité directe sur les recrues impliquées dans la répression meurtrière au stade de Conakry. Le procureur a ainsi argumenté que le colonel « savait, ou ne pouvait ignorer », que ces recrues commettraient des actes constituant des crimes contre l’humanité. L’idée de la responsabilité pénale du supérieur hiérarchique a été mise en avant pour justifier cette requalification.
Les avocats de la partie civile ont rapidement apporté leur soutien à cette démarche, estimant que la gravité des faits et leur caractère clairement établi justifient une requalification à tout stade de la procédure. Selon eux, la nature des actes commis lors de cet événement tragique justifie pleinement une évolution judiciaire vers des accusations de crimes contre l’humanité.
De leur côté, les avocats de la défense se sont opposés fermement à cette requête. Me Zézé Kalivogui, avocat du colonel Lamah, a dénoncé ce qu’il considère comme une démarche tardive et juridiquement infondée. Il a rappelé que son client avait déjà bénéficié d’un non-lieu tant en première instance qu’en appel. Pour la défense, cette nouvelle demande de requalification ne repose sur aucun élément nouveau et ne saurait, selon eux, remettre en cause la position antérieure de la justice.
Après avoir entendu les arguments de toutes les parties, le président du tribunal a annoncé que l’affaire serait mise en délibéré. La décision sur cette demande de requalification est attendue pour le mardi 13 janvier 2026. Ce dénouement pourrait marquer un tournant décisif dans le traitement judiciaire du massacre du 28 septembre 2009, un événement tragique qui continue de hanter la mémoire collective de la Guinée.
Aïssata Sylla



