Le procès relatif aux événements tragiques du 28 septembre 2009, qui se poursuit actuellement devant le tribunal compétent, a vu l’apparition de nouvelles parties civiles se réclamant victimes. Une situation qui suscite des réserves du côté de la défense de l’officier de gendarmerie Bienvenue Lamah, actuellement placé sous mandat de dépôt en raison de son implication présumée dans les faits. L’avocat de la défense, Maître Zézé Kalivogui, a exprimé des doutes quant à la légitimité de ces nouvelles comparutions.
Dans une interview accordée à notre rédaction le mardi 21 janvier 2026, Me Kalivogui a estimé que de nombreuses comparutions récentes n’avaient pas de base juridique ou factuelle solide. « Il est frappant de constater que la plupart de ces personnes n’avaient pas pris part à la première phase de la procédure », a-t-il observé. Selon lui, après une longue période de silence, plusieurs d’entre elles ont choisi d’intervenir alors que des compensations financières importantes sont évoquées. « Certains semblent se manifester aujourd’hui dans un but qui pourrait perturber l’intégrité des débats », a-t-il ajouté.
Pour la défense, une grande partie de ces constitutions de parties civiles semble infondée. Me Kalivogui évoque des témoignages déconnectés des faits du 28 septembre 2009 et des comparants ne fournissant pas de preuves médicales fiables. Certains, selon lui, ont tenté de faire valoir des préjudices concernant des proches absents ou décédés sans avoir de mandat légal pour les représenter. « Ce type de démarche est à la fois inapproprié et juridiquement non fondé », a-t-il déclaré, ajoutant que la défense de Bienvenue Lamah ne s’inquiète pas de ces comparutions.
L’avocat de l’officier de gendarmerie se veut confiant. « La majorité de ces parties civiles reconnaissent qu’elles n’ont aucun lien avec mon client. Cela nous conforte dans notre position », explique Maître Kalivogui. Il souligne que, lorsqu’il sera nécessaire, la défense démontrera l’absence de fondement des témoignages et des documents présentés. De plus, il n’exclut pas la possibilité de porter plainte pour dénonciation calomnieuse si certains témoignages s’avéraient mensongers ou frauduleux.
Interrogé sur les conséquences possibles pour les personnes qui se constitueraient abusivement parties civiles, l’avocat a rappelé les risques juridiques encourus. « Si des accusations mensongères causent un préjudice aux accusés, la loi prévoit des sanctions. Il ne faut pas marchandiser la douleur des véritables victimes », a-t-il insisté. Il précise que de telles pratiques relèveraient de l’escroquerie et devraient faire l’objet de poursuites.
Malgré certaines critiques selon lesquelles le tribunal semble tolérer ces irrégularités, Me Kalivogui reste optimiste quant à la capacité de la juridiction à tirer les conséquences de ces manquements. « Le tribunal prendra, en temps et en heure, les décisions qui s’imposent », a-t-il confié. Il cite notamment le cas d’un témoin affirmant avoir été blessé par balle lors des événements du 28 septembre, alors que ses documents médicaux concerneraient une blessure datant de 2008. « Cette incohérence remet en question la crédibilité de certains dossiers », a-t-il conclu.
Convaincue de l’importance de faire éclater la vérité, la défense de Bienvenue Lamah réaffirme sa détermination à poursuivre le combat judiciaire. « Nous continuerons à défendre la vérité des faits et du droit pour éviter toute dérive judiciaire », a déclaré Me Kalivogui, insistant sur la nécessité de ne pas permettre un procès sélectif.
Enfin, Maître Kalivogui a lancé un appel à l’opinion publique, l’incitant à faire preuve de discernement et à accorder sa confiance à la justice. « Ce procès doit permettre à la Guinée de se regarder en face, de faire le bilan de ses blessures et, à terme, de se réconcilier avec elle-même », a-t-il conclu, exhortant à des analyses plus objectives et moins passionnées sur cette affaire complexe.
Aïssata KÉBÉ



