La passation de service et l’installation des membres du gouvernement de la 5ᵉ République ont officiellement débuté ce mercredi 4 janvier 2026. Au ministère de la Justice et des Droits de l’Homme, la cérémonie s’est déroulée sous la présidence du ministre secrétaire général du gouvernement, Benoît Kamano, en présence des cadres de l’administration judiciaire et de plusieurs acteurs du secteur.
À l’issue des formalités protocolaires, le ministre sortant a transmis les charges à son successeur, Ibrahima Sory II Tounkara, désormais garde des Sceaux, ministre de la Justice et des Droits de l’Homme.
Prenant la parole, le nouveau ministre a mesuré la portée de la confiance placée en lui, qu’il a qualifiée de « mandat républicain » impliquant « une obligation de loyauté, de rigueur et de résultat ». Pour Ibrahima Sory II Tounkara, cette responsabilité engage pleinement son action au service de la nation.
Dans un discours à forte portée institutionnelle, le garde des Sceaux a rappelé le rôle stratégique de la justice dans la stabilité de l’État. « La justice est le pilier silencieux de la République. Lorsqu’elle est forte, la nation est stable ; lorsqu’elle est crédible, l’État est respecté ; lorsqu’elle est humaine, le peuple est réconcilié avec ses institutions », a-t-il déclaré.
Sans détour, le nouveau ministre a dressé un diagnostic lucide du système judiciaire guinéen, évoquant notamment le surpeuplement carcéral, la lenteur des procédures et les insuffisances structurelles. Selon lui, le surpeuplement des établissements pénitentiaires demeure l’un des défis majeurs, alimenté par le non-respect des délais légaux, le recours excessif à la détention provisoire et la faible application des alternatives à l’emprisonnement.
Abordant la question de la lenteur judiciaire, Ibrahima Sory II Tounkara a souligné qu’« une justice lente est une justice perçue comme injuste », car elle fragilise la confiance des citoyens et nourrit un sentiment d’arbitraire.
Le ministre a également insisté sur les lacunes en matière de formation et d’infrastructures judiciaires, estimant que l’évolution du droit et la complexité croissante des contentieux exigent un renforcement continu des compétences des acteurs judiciaires. Il a par ailleurs déploré l’inadaptation de certaines juridictions et la surcharge des établissements pénitentiaires, qu’il considère comme des atteintes à la dignité humaine et à l’efficacité de la justice.
Face à ces constats, le garde des Sceaux a présenté une feuille de route articulée autour de cinq engagements majeurs. Son action sera notamment orientée vers la mise en œuvre d’une politique pénale responsable et humaine, fondée sur le respect strict des délais légaux, la réduction raisonnée de la détention provisoire et la promotion effective des alternatives à l’incarcération.
Sur la question carcérale, il a pris l’engagement de lutter contre le surpeuplement, d’améliorer les conditions de détention et de moderniser la gestion pénitentiaire. Les droits de l’Homme constituent, selon lui, un axe central de l’action judiciaire. Il a rappelé qu’une justice respectueuse des droits fondamentaux garantit le droit à un procès équitable dans un délai raisonnable, devant une juridiction indépendante et impartiale.
Il a également insisté sur la présomption d’innocence, le droit à l’assistance d’un avocat, l’égalité de tous devant la loi et l’effectivité du droit au recours. En matière de modernisation, le ministre a annoncé la réhabilitation des juridictions, la digitalisation progressive des procédures et la promotion d’une gouvernance judiciaire fondée sur le dialogue et la responsabilité partagée.
En conclusion, Ibrahima Sory II Tounkara a lancé un appel à l’ensemble des acteurs de la chaîne judiciaire, estimant qu’aucune réforme ne saurait aboutir sans une prise de conscience collective, proactive et courageuse. « La justice n’appartient pas à un homme, elle appartient à la République et au peuple », a-t-il rappelé.
Clôturant son intervention, le garde des Sceaux a pris un engagement solennel de servir la justice guinéenne « avec humilité, rigueur, loyauté institutionnelle et fidélité absolue aux valeurs républicaines ».
Aïssata Sylla



